L'idée de ce livre est née, vous le savez, pendant notre voyage autour du monde. A peu près au milieu du voyage, c'est à dire vers mars-avril 2002. Pendant ce voyage, à part trouver un endroit pour dormir et/ou manger il faut bien dire que nous n'avions pas beaucoup de contraintes. Nous avons donc commencé la rédaction du projet très rapidement. On notait tout ce qui nous passait par la tête sur le marchandage. Des expériences de négociation nous en avions eu des tonnes, la matière était là. Il ne restait plus qu'à tout regrouper et organiser. A la fin du voyage, nous avions jeté sur papier toutes les grandes idées et rédigé facilement les 3/4 du livre.

Nous sommes rentrés en France et profitant d'une période d'inactivité (nous étions revenus sans avoir de pistes de travail) nous nous sommes attaqués à la fin de l'ouvrage. Ce qui a d'abord consisté à relire ce que l'on avait écrit pendant le voyage. Franchement, ce n'était pas terrible du tout. Le plan était mauvais, le style vraiment lourdingue, les pluparts des explications incompréhensibles et les exemples navrants.

Heureusement, les idées étaient là. A force de négocier pour tout et rien dans les différents pays visités, nous avions complétement intégré le marchandage. Il faisait partie de nous. Nous connaissions les règles du jeu, nous avions élaboré de bonnes techniques et surtout nous avions une multitude d'anedoctes qui revenaient en mémoire dès qu'on en parlait. Bref de quoi améliorer radicalement cette première version.

En retravaillant notre premier jet, et en retravaillant le jet suivant, et le jet suivant, nous avons fini par arriver à quelque chose qui nous plaisait à tous les deux. Le style était simple, le plan structuré, la progression pédagogique permettait de bien comprendre notre vision du marchandage, bref c'était un bon livre. Pas un chef d'oeuvre de littérature, pas un guide pointu rédigé par un universitaire expert d'un domaine hyper technique, mais juste un guide simple et efficace pour apprendre à marchander. Un guide qui conviendrait à tout le monde. Un guide vite lu, vite assimilé mais qui pouvait faire son effet en voyage auprès de ces marchands qui nous ont tant baladé au début.

Contents de nous, nous l'avons fait relire à des amis. Ils ont lu le livre et n'y sont pas allés de main morte sur les critiques. Et ils ont bien fait. On ne peut que les remercier pour ça car leurs commentaires ont mis à jour de gros défauts que nous avions occultés. En gros, notre livre était trop "professoral". Il avait un coté prétentieux, et le style était encore trop ampoulé. Aie. C'était exactement le contraire de l'impression que nous voulions donner.

On a encore retravaillé. Et retravaillé. Refaire le plan, tailler le style au cutter pour enlever toutes les tournures alambiquées, les conjonctions et les phrases à rallonge. Une belle leçon d'humilité.

Et nous en sommes venus à bout. Cette version a été la bonne.

A l'époque, tous fiers de notre idée et de notre travail, nous croyions que le plus gros du travail était fait. Nous avions passé plusieurs mois sur la rédaction de cet ouvrage et on se disait qu'il ne nous restait plus qu'à l'envoyer à quelques maisons d'édition spécialisées pour connaître un succès international (au moins), bien mérité.

C'est beau la jeunesse.

Le plus dur n'est pas du tout, d'écrire un livre mais bien de la faire éditer. En France, le marché de l'édition est saturé. Les éditeurs reçevoient des milliers de livres, et la concurrence est particulièrement intense. Ils n'ont pas le droit à l'erreur. Aussi, ils ne prennent aucun risque.

Nous avons contacté la plupart des éditeurs de guides de voyage. Un éditeur de guides de voyages nous semblait en effet être le partenaire idéal pour publier notre ouvrage. Beaucoup d'entre eux ont été intéressés par notre guide, qui avait l'avantage d'être sur une niche assez originale jamais traitée. Il y a eu quelques échanges par mail ou téléphone, mais aucun n'a donné suite. Pour la plupart d'entre eux, le livre était bien écrit, pertinent mais le marché était trop petit. Ils ne croyaient pas en une demande sur un tel sujet.

Nous avons ensuite envoyé notre manuscrit à des éditeurs de guides pratiques, avec encore moins de succès. Les tentatives se sont succédées par vagues, selon notre motivation et le temps que nos nouveaux boulots nous laissaient. Mais finalement, cela n'a rien donné. Bref, total fiasco.

Il est tout à fait possible que nous n'ayions pas poussé cette recherche d'éditeur jusqu'au bout. Peut-être existe-t-il quelque part, un petit éditeur qui serait intéressé par un tel ouvrage. Nous n'avons pas eu l'energie d'aller jusqu'à lui.

Finalement, fin 2004, lassés. Nous avons rangé ce projet dans les cartons.

Aujourd'hui, plus 2 ans après. Il ressort. Mus par un nouvel espoir, nous pensons que grâce à Internet, on n'a aujourd'hui plus forcément besoin d'éditeur pour trouver son public. Et on compte bien le démontrer.